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Les ouvriers "low cost" !

Publié le par pcf23

En vingt ans, le Bangladesh s’est hissé au deuxième rang des exportateurs de textile, derrière la Chine.

Comment ? En attirant les grands noms de la fast fashion et du prêt-à-porter occi­dental – toujours favorables aux délocali­sations – en pratiquant des coûts bas imbattables. À quel prix ? Des salaires de misère, 0,25 euro de l’heure pour des ouvrières souvent mineures, et des condi­tions de travail et de sécurité indignes.

Le drame prévisible du Rana Plaza, qui a fait pour l’heure 1 127 victimes – l’une des grandes catastrophes de l’histoire indus­trielle –, a brutalement rappelé aux bon­nes consciences que la course folle à la société low cost à tous les étages pour le plus grand profit des grandes entreprises et des investisseurs sans foi ni loi avait des implications sociales chez nous mais aussi des conséquences dignes des pires atteintes aux droits humains dans les pays concernés : de la sueur, de l’esclavagisme moderne, parfois du sang.

Plus de 3 000 salariés, essentiellement des femmes, étaient en effet exploités dans l’un des cinq ateliers de confection instal­lés dans le fameux immeuble transformé en tombeau, où l’hygiène manquait, où les heures s’accumulaient sans frein, où la répression syndicale sévissait, où les issues de secours restaient closes pour introduire du travail forcé dans le mode de fonctionnement. La mort au labeur. La mort de masse. Tout ça pour quoi ? Pour notre consommé-jetable quotidien…

Toutes les études le montrent : les condi­tions de travail des ouvriers du textile au Bangladesh, issus pour la plupart des zones rurales, figurent parmi les pires au monde. Rien d’étonnant, c’est même l’exigence recherchée pour s’assurer des taux de profitabilité hors norme. Les entreprises y trouvent leur intérêt finan­cier, font du cash dans le maelström des sous-traitants dont la traçabilité relève de l’impossible. Et les autorités locales jouent le jeu, avec un cynisme sans borne, expliquant que l’industrie du textile, soit 80 % des exportations du pays, aide « au développement » des habitants, contraints par millions à accepter ce mode de survie. Quelques possédants locaux bâtissent d’ailleurs des fortunes sur ce système tout en engraissant les grandes marques occi­dentales : Carrefour, Auchan, Wal-Mart, Benetton, Zara, C&A, Mango, Calvin Klein, etc. Pour le Bangladesh, la dépen­dance vis-à-vis de l’étranger est totale. Curieuse conception de la coopération avantageuse entre les peuples.

Pendant ce temps-là, « nos » grands grou­pes donneurs d’ordres, la main sur le cœur, alertent les médias et signent des chartes de bonne conduite… tout en cher­chant d’autres points de chute. Pendant que les ouvriers du Bangladesh continuent de se battre pour leurs droits, il leur suffit d’un mois pour changer de fournisseur. Alors, ce sera le Cambodge, le Vietnam ou la Birmanie, qu’importe, les tarifs y sont analogues… Voilà la banale et tragique histoire du dumping planétaire, symbolisant à lui seul le monde marchand poussé aux limites de l’évolution ensauva­gée du capitalisme.

Résumons : l’esclavage et la mort là-bas, le chômage ici, et toujours plus de profits juteux dans les poches des capitalistes. Les négriers des temps modernes n’ont pas de visage : ils sont dans « la » finance. Un certain candidat à la présidentielle en avait parlé lors d’un fameux discours, au Bourget. Son ami Pascal Lamy, président de l’OMC, pourrait même lui raconter en détail comment la libéralisation totale des échanges mondiaux – en 2005 pour le textile et l’habillement – a accéléré ce processus mortifère…

Compléments aux adresses web suivantes.

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