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Salaire de Ghosn ; le monde marche sur la tête

Publié le par pcf23

Inconscience d’un homme qui semble avoir largué les amarres avec le monde réel ?
Provocation délibérée à l’égard des salariés en escomptant tirer un petit profit d’une opération de communication ?

On se perd en conjectures en entendant le PDG de Renault proposer de différer à 2016 une partie… d’une partie de ses rémunérations, si les syndicats cèdent au chantage de la « compétitivité ».


« Compétitivité », qu’en termes élégants ces choses-là ne sont pas dites. Pour les salariés, il s’agirait, derrière ce mot à la mode, d’accepter de voir leur vie de famille bouleversée à la merci des deside­rata des managers, de travailler plus sans que le salaire suive… Magnanime, le patron de Renault supprimerait plus de 8 000 emplois mais ne fermerait pas de site, les promesses n’engageant que ceux qui y croient.

Carlos Ghosn a un sens bien particulier du partage des richesses et des efforts à con­sentir pour braver la tempête qui souffle sur l’industrie automobile française. Aux ouvriers payés au Smic ou à peine plus, sans treizième mois, de réduire leur train de vie, au patron de se contenter de 26 000 euros par jour au lieu de 36 000 ! À supposer même, ce dont il n’est pas ques­tion, que le PDG ne se contente que de la part fixe de son salaire, il encaisserait plus de 1,2 million d’euros, sans compter ses émoluments au titre de la direction de Nissan, et le reste.

La manœuvre du numéro un de la firme, dont l’État est toujours actionnaire, frappe par son cynisme et, effet de sa médiati­sation, elle aura permis à des millions de gens d’apprendre que Carlos Ghosn per­çoit des revenus dont chacun d’entre nous ne parvient même pas à concevoir l’am­pleur. Le domaine de l’infiniment grand reste aux yeux d’un salarié ordinaire du registre de l’abstraction.

Les salariés de PSA, menacés dans leurs emplois, éprouvent la même difficulté à imaginer la vie avec le salaire fixe de 1,3 million de leur PDG, Philippe Varin, qui a déclaré, gagné lui aussi par cet élan de générosité, abandonner la partie varia­ble de ses émoluments le temps de faire avaliser la liquidation de l’usine d’Aulnay.

Mais chez Renault comme chez PSA, et pas seulement, chacun comprend bien, même confusément, que ce monde marche sur la tête et qu’il convient dès lors de le remettre sur ses pieds. Chasser la droite du pouvoir fut un préalable nécessaire, mais non pas à soi seul suffisant.

Au fait, Arnaud Montebourg pense-t-il toujours que la direction de Renault n’a pas franchi la ligne rouge ?

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