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L’école du darwinisme social

Publié le par pcf23

Ecole en dangerL’école de la République avait cette belle ambition que l’on pourrait résumer avec ces mots de Paul Éluard : « Passer de l’horizon d’un seul à l’horizon de tous. »

En d’autres termes, donner à chacun, quel qu’il soit, les moyens du savoir et de la citoyenneté. Ce n’était pas l’égalitarisme, mais l’égalité des chances, la vraie. Avec le programme baptisé Éclair, c’est un objectif assez exactement contraire que propose le gouvernement : « Repérer les talents et offrir aux élèves qui en ont les capacités les approfondissements qui leur permettront de les développer et de s’ins¬crire dans un parcours scolaire d’excellence. » Tant pis pour tous ceux, les plus nombreux, que le système laissera tomber, tandis que les quelques élus se verront engagés dans un parcours de combattants de la réussite 
dans des universités que « l’autonomie » a délibérément placées en concurrence.

Non sans cynisme, mais aussi par un véritable calcul politique et idéologique, ce sont les ZEP que le gouvernement a choisies pour expérimenter ce faux remède propre à tuer le malade. C’est-à-dire que c’est là où les élèves ont le plus de difficultés que l’on entend faire la démonstration que quelques-uns, peut-être, méritants et travailleurs, peuvent s’en sortir, mais que nombre d’autres ne peuvent être sauvés. C’est la mise en œuvre d’un véritable darwinisme social.

Ce n’est pas une figure de style. Le darwinisme social, apparu à la fin du XIXe siècle et combattu par Darwin lui-même, voulait que la lutte entre les individus soit l’état naturel des sociétés, au nom de la concurrence entre eux ; il se prononçait pour la fin des protections sociales, de l’aide aux plus démunis, etc. Curieux comme on retrouve là certains des axes majeurs de la politique
de la droite aussi bien que les récentes déclarations de tel ou tel ministre sur le RSA et autres, sur les assistés… 


Au plan politique, comment ne pas voir aussi qu’une telle redéfinition des missions de l’école dans les quartiers les plus difficiles permettrait de se dédouaner à bon compte des responsabilités de l’action publique dans cette situation ? On a beau faire, ils ne veulent pas réussir, 
ou, de toute manière, ils ne peuvent pas. La modernité de la droite fait bon ménage avec les vieilleries idéologiques qui traînaient 
dans les placards de l’histoire, mais qu’elle remet 
en circulation.

Pour autant, il s’agit bien d’une droite d’aujourd’hui. Car cette logique, appliquée donc aux écoles, collèges et lycées, intégrant des méthodes de gestion venant du monde de l’entreprise, appliquée aux universités, appliquée aux hôpitaux, vise non seulement à introduire dans l’espace public une addiction à la concurrence, mais aussi à préparer le terrain 
à la privatisation de pans entiers des services publics de l’éducation et de la santé.

Il y a déjà belle lurette 
que l’on ne parle plus d’usagers mais de clients. 
Ce n’est pas seulement une petite manipulation du langage assez détestable, c’est la marque dans les esprits d’un changement de culture. C’est bien ce que voulait Nicolas Sarkozy en parlant de rupture avec le modèle social français. Il ne s’agit pas seulement d’en finir avec les acquis, d’offrir au privé de nouveaux champs d’action et de profit, mais aussi de former les esprits à la compétition dans son sens le plus brutal, à la lutte avec le prochain, à la guerre économique.

De ne voir à l’horizon de tous que la courbe des profits, et cela dès l’école

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Clovis Simard 16/08/2012 03:23

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