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Apprendre une langue étrangère en CP : une fausse bonne idée

Publié le par pcf23

Communiqué du réseau école du PCF - 14 décembre 2012

Reseau ecole

Le projet de loi d’orientation sur l'école présenté par le gouvernement intègre l’enseignement d’une langue vivante dès le CP. Le motif en est que nos élèves « arrivent en dernière position de l’ensemble des élèves européens évalués pour la maîtrise de ces compétences ». Derrière un apparent bon sens plusieurs problèmes demeurent.

 

L’enseignement des langues en élémentaire se porte mal. Les enseignants ne sont pas formés à cet enseignement, alors que l’on sait combien les pratiques jouent un rôle central dans la transmission des connaissances. La suppression massive de postes sous le précédent ministère a rendu les conditions d’exercice du métier de professeur des écoles de plus en plus difficiles, en particulier avec l’alourdissement des effectifs peu favorables à l’apprentissage d’une langue. La volonté d'adapter l'école aux exigences des marchés, portée par l'Union européenne et par les gouvernements successifs de la France, a conduit à réduire très souvent l'enseignement d'une langue étrangère à l'enseignement de l'anglais, souvent au mépris des formations et des démarches pédagogiques des enseignants. Dans ces conditions, l'enseignement d'une langue étrangère en primaire est très inégalitaire en fonction des territoires, des établissements et des élèves concernés. L’urgence n’est donc pas d’étendre l’apprentissage d’une langue étrangère au CP, mais de résoudre ces problèmes structurels pour que l’enseignement des langues du CE1 au CM2 soit effectif et se déroule dans de bonnes conditions pour tous les enfants.

 

L’enseignement d’une langue vivante dès le CP pose aussi d’importants problèmes pédagogiques. Le CP est une classe charnière dans le cursus scolaire. L’apprentissage de la lecture et de l’écriture exige du temps, des efforts, une compréhension des attendus scolaires qui n’est pas encore construite par tous les élèves, et notamment par les plus éloignés de la culture scolaire. L’ajout de plusieurs domaines d’activités (numérique, morale civique et langue) est tout à fait irréaliste au regard de la charge des programmes et du nombre d’heures de classe pour les réaliser. On ne peut pas continuer à demander aux enseignants de faire toujours plus avec toujours moins de temps ! De telles injonctions paradoxales les obligent à un choix impossible : n’enseigner qu’une partie des programmes à tous les élèves ou enseigner l’ensemble des programmes à seulement une partie des élèves (ceux qui, grâce à leur milieu social, sont déjà familiers de la culture scolaire). C’est ainsi que nombre d’entre eux se sentent individuellement responsables de l’échec d’une école qui ne parvient pas à porter la même ambition pour tous.

 

La question principale posée à tout gouvernement est celle des finalités de l’école. Le système scolaire français est parmi les plus socialement discriminants. Pour le Parti communiste, l’urgence est de faire reculer un échec scolaire ségrégatif qui laisse sur le bord du chemin des milliers d’élèves, notamment issus des classes populaires. Ce n’est pas l’addition de disciplines qui permettra de relever le défi de la démocratisation de l’accès aux savoirs mais bien un projet éducatif repensé sur le modèle de l’élève qui n’a que l’école pour apprendre, de manière à construire une culture commune, réellement ambitieuse pour tous.

 

Tous les enfants sont capables d’apprendre, mais il faut leur en donner les moyens ! Il faut construire une école qui permette à tous de réussir : pour cela, il faut plus de personnel sous statut de la fonction publique d’État pour que chaque enfant puisse se voir consacrer plus de temps, une formation initiale des enseignants solide et ambitieuse, une formation continue et du temps de travail pour que les enseignants puissent réfléchir collectivement sur leurs pratiques professionnelles, penser leurs métiers.

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