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Conseil régional du Limousin : Séance plénière du 14 octobre 2014 -

Publié le par pcf23

1ère partie - Une autre gauche est possible !

Une séance plénière marquée par le débat d’orientations budgétaires et l’élection du nouveau président de région. Sans aucune surprise c’est Gérard Vandenbroucke premier vice-président qui a été élu. Christian Audouin présenté par le groupe Limousin Terre de Gauche est intervenu pour préciser le sens de sa candidature. Stéphane Lajaumont est ensuite intervenu au nom du groupe dans le débat général.

Intervention de Christian Audouin, présenté par Limousin Terre de Gauche à la présidence de région

Monsieur l’ex Président, Monsieur le futur ex Président,

Moi Président, je sacrifierai à la courtoisie républicaine en saluant le Président sortant. Avec lui, je regretterai le contexte dans lequel s’achève son mandat.

Les Bérezina municipales de Limoges, Brive, Ussel, Malemort, Beaulieu, Bellac…, la perte de deux sénateurs sur deux en Corrèze, de un sénateur sur deux Haute-Vienne, sont largement les conséquences des choix politiques de la majorité et du gouvernement qu’il soutient. Les ruptures avec l’idéal engendrent les désastres dans le réel.

En Limousin, je laisserai aux amis de Jean-Paul Denanot le recours éventuel au droit d’inventaire.

Pour ma part, je me bornerai à le saluer cordialement et à souligner ses qualités humaines et son goût pour l’engagement militant que je partage avec lui.

Avec moi, Président, notre assemblée romprait, avec la passivité à l’égard de la politique de Valls, je rechercherais immédiatement des alliés au sein des autres Régions et des Départements pour refuser ensemble le projet de réforme territoriale, à propos duquel j’exigerais, en tout état de cause, un référendum. Je n’ai encore rencontré, lu ou entendu personne qui se réjouit de l’hypothèse de la dissolution du Limousin dans l’Aquitaine, qui ne serait qu’un choix subi et dont le CESER vient de souligner les dangers économiques et sociaux. Ce projet n’a aucun sens, il est un défi à la démocratie de proximité. Il s’inscrit dans le schéma de la compétition mortifère entre les territoires européens et de la réduction des investissements et des services publics. Le limousin doit donc refuser de se faire Hara-kiri.

Moi Président, je combattrai l’austérité qui n’est pas un remède mais un poison pour la croissance, l’emploi et la réabsorption de la dette. Je combattrais le Pacte de responsabilité et son corollaire. La réduction des dotations publiques aux collectivités locales dont notre région.

Moi Président, je reformerai le dispositif des aides régionales aux entreprises avec, notamment, l’arrêt des subventions aux grandes entreprises. Sauf cas exceptionnel ces subventions n’ont que peu ou pas d’influence sur la stratégie des groupes présents en limousin. Mais elles intéressent les actionnaires importants qui émargent par ailleurs au crédit d’impôt et aux exonérations de charges.

En revanche, moi Président, je revaloriserai les politiques territoriales. C’est dans les territoires urbains, suburbains et ruraux irrigués par le haut et très haut débit, que sont les potentiels d’initiatives, de projets et d’emplois, au plus près de nos ressources naturelles, de nos productions agricoles et forestières, au plus près de nos centres d’enseignement et de formation.

Moi président, je créerai un conseil permanent des territoires aux côtés de la Région et du CESER. Je revaloriserais les politiques dites ascendantes en décentralisant l’instruction des projets et en confiant aux territoires et à leurs EPCI, la gestion directe d’un certain nombre d’enveloppes financières, à l’image de la gestion des programmes Leader, sans pour autant relativiser les schémas de cohérence régionale. Je miserais à fond sur la démocratie participative et la vie associative.

Moi président, je dégagerai les marges budgétaires nécessaires pour instaurer un programme d’envergure pour l’isolation de l’habitat, bon pour l’emploi et la planète.

Moi Président, je réorienterai la politique des transports ferroviaires en focalisant les interventions régionales sur le maillage à partir et autour de l’axe POLT qui doit être totalement modernisé. Je laisserais la responsabilité stratégique et financière des investissements LGV à RFF, la SNCF et l’Etat (LGV que par ailleurs nous combattons). A chacun ses missions.

Enfin, moi Président, j’œuvrerai pour faire beaucoup mieux et plus encore du Limousin, un territoire d’initiative et d’attractivité culturelles et touristiques. La culture se doit d’être une grande ambition régionale, comme lien social et atout économique, fondée sur les patrimoines, et la création.

Intervention politique de Stéphane Lajaumont : "une gauche de renoncement, en échec en France... mais aussi en Limousin"

Comme à notre habitude, la parole du groupe est portée par rotation entre les différentes composantes. Après Christian Audouin pour le PCF en juin 2014, c’était au tour de Stéphane Lajaumont pour ENSEMBLE !, avant que Laurence Pache, pour le Parti de Gauche n’intervienne la fois prochaine.

C’est une plénière un peu particulière à laquelle nous assistons…non par le contenu des dossiers, encore une fois fort maigre, mais par le passage de témoin à la direction de l’exécutif, même si le terme de « témoin » s’applique fréquemment à un accident ou à un crime.

Il ne serait pas raisonnable d’aborder les dossiers du jour sans interroger la situation politique générale de ce pays, qui fixe le cadre de leur mise en oeuvre. Je ne dresserai pas ici l’inventaire des échecs de ce que certains s’évertuent à appeler encore « la gauche au gouvernement » : ce serait un exercice trop cruel… Quand on sait qu’en France les 10% les plus riches de la population concentrent toujours 50% du patrimoine, quand on sait qu’en 30 ans 10% des richesses produites sont passés de la poche des salariés à celle des actionnaires (soit près de 200 milliards d’euros par an), quand on sait que 5 millions de personnes sont privés d’emplois ou contraintes à des temps partiels, comment imaginer qu’une politique estampillée de gauche s’en prenne aux plus humbles ! Sans même revenir sur la décision de reculer l’âge de la retraite ou sur les cadeaux successifs au patronat que sont le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi ou le pacte de responsabilité… il suffit d’évoquer les dernières propositions du premier ministre Manuel Thatcher et du président François Blair : abandon de l’encadrement des loyers mis en place par la loi Duflot, déréglementation du travail, libéralisation du travail le dimanche, suppression des seuils sociaux et de la représentation syndicale dans les petites entreprises, renforcement du contrôle des chômeurs. C’est ainsi que l’on voit ceux qui se présentent comme des défenseurs des « sans dents » continuer à mordre les plus modestes.

Pourtant, dans un contexte de crise sociale, écologique et démocratique, il y a des silences politiques assourdissants :

- quelle est la réponse politique au chômage, à la précarité, et à l’appauvrissement grandissant d’une partie de nos concitoyens ?

- quelle est la réponse politique à l’urgence écologique pour enclencher un autre rapport aux modes de production et de consommation ?

- quelle est la réponse politique à la crise démocratique quand les droits et pouvoirs des citoyens ne sont renforcés ni dans la vie publique ni dans les entreprises ?

Chers collègues de la majorité régionale, vous êtes à la croisée des chemins : allez vous continuer à suivre pas à pas, mot à mot, les préceptes du petit livre rose dont la couleur s’affadit à chaque nouvelle déclaration du couple exécutif ? Allez-vous, avec le premier ministre, faire la danse du ventre autour des patrons les plus rétrogrades, qu’ils soient du MEDEF ou de la City, en leur sussurant à l’oreille : «I’m pro business… I’m pro business… j’aime l’entreprise… ».

Allez-vous rester sourd de l’oreille gauche ou allez-vous enfin vous opposer à cette course folle vers le libéralisme le plus échevelé, qui conduit l’extrême-droite aux portes du pouvoir ?

Bien sûr, vous pouvez vous rassurer en répétant, comme un mantra, que vous êtes social-démocrate, que vous vous inscrivez dans la filiation de Jaurès, que vous êtes réformistes… cela rassure un instant mais ne règle rien… Parce que ce gouvernement n’est ni social, ni démocrate et qu’il ne réforme absolument rien : aveuglé par la guerre économique et la compétition entre les territoires, il casse, il détruit tout ce qui fonde les solidarités ou les garanties des plus modestes.

C’est au prisme de ce contexte politique qu’il faut interroger l’action menée en Limousin, alors que nous changeons de président de Région.

Si je peux, avec le groupe Limousin Terre de Gauche, saluer les relations humaines établies avec l’homme Jean-Paul Denanot, le bilan politique du président démissionnaire est en revanche médiocre, voire mauvais, sur des points pourtant essentiels. Sans insister sur les choix culturels, que nous partageons pour l’essentiel, ou sur les investissements lorsqu’ils sont destinés à l’enseignement public, je reviendrai ici sur les priorités économiques.

En privilégiant les pôles de compétitivité définis par le gouvernement Chirac-Villepin, le déséquilibre régional s’est accentué au profit de l’agglo de Limoges et, secondairement, de celle de Brive. De même, les millions d’euros d’argent public distribués chaque année aux multinationales et à leurs filiales, ainsi qu’à des start-up qui développent des projets dans l’intérêt des grands groupes, avec des contreparties factices sont distribués en pure perte

Mais je m’arrêterai sur le point nodal à partir duquel vous justifiez l’action régionale : celui de garantir l’emploi de tous. C’est un échec criant : les chiffres sont là et ils sont têtus : le nombre de demandeurs d’emplois a encore progressé en Limousin, s’établissant à 51 983 fin juillet pour les catégories « A, B et C » de Pôle Emploi, contre 46 197 lors de l’élection de François Hollande : 5796 chômeurs de plus en Limousin en deux ans (soit +12,5% !)… Et ce nombre a augmenté de 40% entre 2004 et 2014 (35710 en mars 2004…) !

Si la responsabilité en est partagée avec les gouvernements successifs, c’est aussi la preuve qu’il ne suffit pas d’arroser les entreprises d’argent public pour consolider leur activité, mais qu’il faut réfléchir à d’autres choix politiques favorisant les créations d’emplois : reterritorialisation d’activités, réduction massive du temps de travail, extension des services publics avec embauches massives, législation permettant aux salariés d’empêcher la mise en œuvre de délocalisations, … et tout ceci peut être financé notamment par prélèvement sur les revenus du capital et sur les bénéfices non investis dans le développement productif.

Les exemples emblématiques de Madrange ou d’Altia sont là pour illustrer les errements de cette politique : à Madrange, 140 sous-traitants travaillant directement dans les usines du groupe sont en cours de licenciement et, en quelques années ce sont 600 salariés en moins… tout ça pour que la Financière Turenne Lafayette engrange les bénéfices et l’argent public : si c’est à cela qu’ont servi les 580000 euros de Crédit d’Impôt compétitivité emploi et les quelques aides du conseil régional, il faut s’interroger sur la pertinence de vos choix.

Altia ensuite, où le même film se rejoue depuis plusieurs années, avec deux sites à nouveau menacés et 500 salariés dont le sort est en suspens… Alors même que les carnets de commande sont pleins, que l’outil industriel fonctionne… Ce n’est pas pour rien que les salariés d’Altia présents dans l’hémicycle lors de la dernière séance plénière demandaient à l’Etat qu’il impose aux constructeurs d’investir significativement dans les usines du groupe, pour structurer durablement la filière… Après avoir édulcoré la motion votée à la séance plénière de juin, votre seul acte politique a été, en septembre, d’envisager d’injecter à nouveau 800000 euros d’argent public dans le site de Bessines… ce qui donne bonne conscience et ce qui est toujours plus facile quand on ne sort pas l’argent de sa propre poche. Mais pour quoi faire ? Pour quel projet industriel ? En procédant de la sorte, vous expliquez en creux que vous ne pouvez pas faire plus, organisant ainsi un quasi-enterrement de l’entreprise… Mais ce n’est pas que vous ne pouvez pas faire plus, simplement que vous ne voulez pas faire plus. Parce que faire plus, cela veut dire établir un rapport de force et contraindre des multinationales… bref, cela veut dire réinstaller un contrôle de l’économie par le politique… Or vous n’en voulez pas : mais pour cacher votre impuissance, vous faites le choix de l’enfumage médiatique : cela permet de masquer vos responsabilités et, pire, de faire croire que vous agissez.

• Mais cette séance est aussi celle de l’élection d’un nouveau président. Je ne prendrai pas ici le temps d’évoquer le cumul des mandats et des indemnités, cette gangrène de la démocratie, qui donne l’impression que la vie politique est devenue le métier d’une élite qui s’autoreproduit.

Je m’attarderai sur deux points :

• le premier est celui de la réforme territoriale à propos de laquelle le groupe Limousin Terre de Gauche a déposé un vœu. Je vous interroge, monsieur le président, serez-vous, au nom d’un suivisme gouvernemental, le fossoyeur de la région Limousin, pour un projet auquel vous ne croyez pas vous-même ? Il ne s’agit pas là de l’attachement au Limousin au sens identitaire ou sentimental, mais à un cadre démocratique de proximité que l’on éloigne des citoyens. L’exigence d’un grand débat public suivi d’une consultation de tous serait le minimum quand on se revendique social démocrate.

• le second est celui de la LGV, avec un dossier présenté lors de cette séance plénière. Le financement de la première phase des études montre clairement que ce n’est plus qu’une préoccupation de haut-viennois : aucune autre collectivité locale ne contribue : ni Creuse, ni Corrèze, ni Vienne, ni Poitou-Charentes, ni ville ni agglo de Poitiers… Absolument rien pour la LGV dans le futur contrat de plan Etat-Poitou Charentes ! Et où les collectivités locales limousines contribuaient à hauteur de 11% lors de la convention des études de 2007, ce chiffre s’élève désormais à 27%.... avec même l’hypothèse de monter à 50% si les subventions d’Etat ou de l’Europe ne sont pas à la hauteur. Cet orgueil politique qui consiste à faire comme si rien n’avait changé n’est plus de saison… Vous savez, Monsieur le président, que la LGV Limoges-Poitiers est morte et que faire croire du contraire contribue à affaiblir encore plus le POLLT, même si vous vous protégez politiquement par une motion de circonstance : vous avez été un pyromane avec la LGV aux dépens du POLT et maintenant vous cherchez à jouer les pompiers !

Alors ayez le courage de le dire, parce qu’utiliser cet argent de la sorte, revient à le gaspiller, et que, au moment où le gouvernement étrangle les collectivités publiques, dont la région Limousin avec 8 millions d’euros en moins par rapport au BP 2014 et même 13 millions par rapport au compte administratif 2013, il est possible d’affecter cette somme à des investissements publics utiles et non à un train fantôme…

A l’heure de conclure, il faut en revenir à l’essentiel : que ce soit à l’échelle du pays ou de la région Limousin, il n’est plus possible de se contenter de mesures qui accompagnent la mise en œuvre de la doxa libérale, mais bien retrouver le sens d’une orientation de gauche, dans tous les domaines. Comme le disait le philosophe Daniel Bensaïd « Pour que cet autre monde devienne possible, une autre gauche est nécessaire. Pas une gauche reniée, pas une gauche honteuse, pas une gauche light ou déshydratée, mais une gauche de combat, à la hauteur des défis de l'époque. »

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