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Conseil régional du Limousin : Séance plénière du 31 mars 2014

Publié le par pcf23

Séance plénière du 31 mars 2014 - Première partie

Intervention liminaire de Laurence Pache

Après Stéphane Lajaumont (ENSEMBLE/Gauche Anticapitaliste) lors de la dernière séance, et avant Christian Audouin (PCF) lors de la prochaine, c'était au tour de Laurence Pache (Parti de Gauche) d'assurer l'intervention liminaire du groupe Limousin Terre de Gauche. Si le reste du compte rendu sera publié dans quelques jours, voici le texte de l'intervention.

M. le président, chers collègues

Une séquence électorale de grande ampleur s'est achevée hier. Il nous appartient d'en dresser un bilan aussi fidèle que possible.

Il est des moments dans une vie politique où l'on sent l'histoire de notre pays se faire sous nos yeux. Ce scrutin municipal est l'un d'entre eux. On nous avait pourtant répété sur tous les tons que ce scrutin était uniquement local, que les gens n'en avaient que faire des questions nationales. Les électeurs viennent de leur infliger un cinglant démenti. Qui pouvait sérieusement prétendre que le premier scrutin depuis l'élection de François Hollande pouvait ne pas être un enjeu national de grande ampleur ? 44 millions d'électeurs appelés au même moment pour élire 500 000 conseillers municipaux ce n'était que local ? Un scrutin marqué par la baisse des dotations aux collectivités locales et la réduction des services publics ce n'était que du local ?

Le bilan de ce scrutin c'est celui d'un désaveu sans précédent du peuple pour les politiques menées par le gouvernement Hollande-Ayrault. Les citoyens avaient voté en 2012 pour chasser Nicolas Sarkozy et ils ont eu exactement la même politique économique en pire. Ce sont les mêmes recettes libérales appliquées partout en Europe et qui ont fait la preuve de leur inefficacité (taux de chômage record, précarité, déficits augmentés par les recettes mises en place pour les diminuer..).

Encore récemment les chiffres du chômage en France montrent que la politique menée depuis 2012 et inefficace et nocive : nous en sommes au 4e mois consécutif de hausse. +31500 chômeurs de catégorie A pour le seul mois de février. Dans le même temps, une politique fiscale injuste, les premiers effets de la réforme sur les pensions des retraités se font sentir durement.

Le gouvernement a-t-il entendu cette colère populaire ? Peut il seulement l'entendre, puisque toutes les politiques menées sont téléguidées par la Commission européenne qui dans le cadre du « Semestre européen » fournit les grandes lignes des politiques économiques des Etats membres ?

Et pourtant c'est cela que les citoyens ont sanctionné hier. En face de Paris et Avignon c'est la longue liste des villes socialistes passées à droite voire à l'extrême droite : Toulouse, Tours, Angers, Roanne, Saint Etienne, Roubaix, Caen...et bien sûr Brive et Limoges !

Cette longue liste, personne à gauche ne s'en réjouit, croyez le bien ! Mais la conscience de la déflagration ne doit pas nous empêcher d'en penser les causes. Ne nous adonnons surtout pas à de trop faciles sentiments de défiance vis à vis du vote populaire qui s'est exprimé hier. J'entends encore comme si c'était hier les analyses méprisantes des figures du PS au moment de 2001. C'était le peuple qui avait mal voté, mal exprimé sa colère. En 2005 pour le référendum du TCE, c'était le peuple qui n'avait rien compris. Ne cédons pas à la facilité de dire que les citoyens qui se sont exprimé hier n'ont rien compris au superbe bilan des mairies socialistes. N'allons pas dire que ce vote est le résultat d'une protestation puérile et superficielle, qui passera à la prochaine alternance. Par pitié, ne dites pas qu'il vous faut mieux expliquer la politique du gouvernement !

Non, ce qui s'est passé hier est bien plus profond. C'est une lame de fond qui a traversé hier le champ électoral. C'est un désaveu puissant des politiques libérales, faites de cadeaux au patronat, de connivences avec la finance, de réduction des services publics et d'injustice sociale maintenue qui s'est exprimé. Trop de gens souffrent dans ce pays, et trop de gens désespèrent de la gauche et de ce qu'elle pourrait faire.

Voilà qui rend encore plus nécessaire de montrer qu'une alternative à gauche existe. Si on renonce aux politiques d'austérité on peut investir pour entamer la transition écologique, on peut recréer du service public, on peut enfin œuvrer pour la nécessaire répartition des richesses. Cette gauche existe. Je veux saluer ici le magnifique résultat des listes indépendantes de la gauche gouvernementale, en Limousin comme ailleurs. Dans la multiplicité des configurations, elles ont su incarner le nécessaire tournant vers une autre politique. La liste EELV-PG-ENSEMBLE de Grenoble a su montrer qu'une alternative à gauche pouvait exister et l'emporter. Limoges, Brive, Guéret en Limousin, mais aussi un grand nombre de villes marquent une belle dynamique des listes indépendantes de la gauche gouvernementale. Ces listes franchissent la barre des 10% en un nombre croissant de villes, montrant un enracinement de l'opposition de gauche. Une alternative se prépare. Elle est nécessaire.

Car de la méfiance et du désespoir ne naissent pas que des alternatives positives mais aussi des monstres politiques. Je veux bien entendu parler ici du Front National et de ce qu'il incarne.

Le résultat de la défiance du peuple est que même dans le limousin le FN peut s'installer. A Guéret, sur la base d'une liste bouclée à la dernière minute, et avec zéro campagne le FN a capté 13% des suffrages, ou à Limoges en se donnant un repris de justice comme tête de liste ! S'il arrive à ce résultat, c'est qu'il adopte une stratégie de conquête par la destruction de tous les repères politiques. Il joue sur la confusion et le sous entendu, reprenant les mots d'ordres de la gauche pour y glisser la haine de l'autre. On a vu par exemple le candidat guérétois qui ne savait rien sur rien reprendre la proposition du FDG de gratuité des transports au motif de l'égalité des citoyens! C'est le même qui a constitué sa liste en allant chercher dans les quartiers populaires des candidats en leur disant qu'il faudrait mettre les maorés dans des camps de concentration. Ceci nous a été rapporté par une camarade qui l'a mis à la porte dès qu'il a montré son véritable visage. Cette méthode de conquête du pouvoir porte un nom, c'est le fascisme.

Mais si cette stratégie peut porter c'est d'abord et avant tout parce que les citoyens, et surtout ceux des classes populaires ont le sentiment de ne plus avoir rien à attendre de la gauche. A force de dire qu'il n'y a pas d'alternative et que notre seul horizon c'est la baisse des déficits et la « règle d'or » budgétaire, les gens finissent par le croire !

Il ne sert à rien de simplement condamner moralement. Il faut aussi redonner de l'espoir en une sortie positive de ce marasme économique et social. Il faut cesser de faire désespérer de la gauche ! Maintenant il est temps de dire que cela suffit. Des astuces de com n'y suffiront pas, pas plus qu'il ne suffira de dire comme l'a fait hier Najat Vallaud Belkacem que le problème est que ce gouvernement a eu le « courage » de faire ce que le gouvernement précédent n'a pas fait. Quel aveu ! Il est plus que temps qu'une tout autre orientation soit mise en place, et un remaniement ministériel n'y suffira pas. La première des choses à faire est de revenir sur le pacte de responsabilité et son corolaire, la saignée des finances publiques.

Car la séquence électorale n'est pas terminée. Les prochaines élections européennes seront à n'en pas douter une fois de plus une nouvelle claque pour le gouvernement et son parti. Avec des slogans lénifiants appelant la main sur le cœur à une Europe sociale, une Europe qui protège c'est encore la mauvaise foi qui va caractériser la campagne du PS. Avec Martin Schultz (celui qui gouverne main dans la main avec Mme Merkel) comme candidat à la commission européenne, c'est l'Europe antisociale qui sera prolongée.

Le texte sur lequel vous allez faire campagne, M. le président fait quand même le tour de force de ne pas parler du tout de la BCE. Un léger oubli que vous allez vous employer à corriger en expliquant à tous que le rôle de la BCE ne doit pas être de faire une politique économique dédiée aux retraites par capitalisation allemandes? Ce serait extraordinaire, et pour tout dire inespéré!

On vous attend aussi avec impatience sur le Smic européen que vous proposez. À 60% du salaire médian de chaque pays, comme votre texte le préconise, on aura un smic à 1027 € au lieu de 1128€ !

Nous serons également attentifs à la manière dont vous prétendez défendre la souveraineté des parlements nationaux. En ayant accepté le Traité Merkozy de stabilité budgétaire, cela risque d'être cocasse.

Nous aurons à n'en pas douter de grands moments de contorsion quand vous défendrez le principe d'une harmonisation du droit du travail européen, chose que le traité de Lisbonne interdit absolument en son article 153.

La guerre à la finance, cet ennemi sans visage, n'est pas pour demain. Si d'aventure, il vous prenait l'envie de la mener, on vous donnera quelques noms et quelques visages. Mais il faudrait commencer par affronter Mme Merkel et lui dire non. Les pauvres en nombre croissant en Allemagne, ceux par exemple qui ont des jobs à 1€ vous en seraient pourtant reconnaissants.

Il faudra davantage se fier au FDG pour assumer ce rôle en Europe. Il faut assumer la désobéissance en Europe et refuser d'appliquer le traité de Lisbonne qui corsète toutes les politiques économiques des pays membres. Nous assumerons cette confrontation si les citoyens français nous en donnaient le mandat.

Car il faut comprendre ce qui s'est passé hier. Ce sont les politiques mises en place sous la contrainte de Bruxelles qui ont amené à ce désastre !

Cette Europe c'est celle du coup de force démocratique permanent. Une Europe qui interdit les politiques de gauche, qui met en place le contrôle sur le travail du parlement d'une institution technocratique non élue.

Pour finir je voudrais m'arrêter sur le projet de motion que nous vous proposons pour l'arrêt immédiat des négociations menées en notre nom dans le plus grand secret. C'est un comble que la NSA soit plus informée que les citoyens européens du mandat à partir duquel les négociateurs discutent du projet de Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TIPP) dit GMT ou TAFTA. Je voudrais m'arrêter encore quelques instants sur ce texte crucial qui va s'il est adopté être un pas de plus vers la dérégulation du commerce. Que savons nous de ce qui se négocie en notre nom? Rien. Aucune information de ce mandat secret n'a filtré. Mais il s'agira encore d'une énième attaque contre les « entraves » au commerce, c'est à dire contre toute régulation des échanges entre l'Europe et les Etats unis mais aussi à l'intérieur des états signataires. Ce sont des instances non élues, non contrôlées démocratiquement qui vont diriger ce partenariat stratégique global, et les Etats pourront être traînés devant des tribunaux d'arbitrage privés pour entrave à la liberté de commercer. Ce sont toutes les législations protectrices des droits du travailleurs et protectrices de l'environnement qui vont être soumis ainsi à la loi du commerce.

C'est pourquoi je vous appelle tous et toutes à voter la motion déposée par le groupe LTG pour exiger l'arrêt immédiat des négociations menées actuellement. Cela a déjà été le cas en IDF et en PACA. Déclarons nos collectivités zones hors GMT comme nous l'avions fait lors de la mobilisation réussie contre l'AGCS et entamons ainsi le travail de reconstruction d'une véritable alternative à gauche. S'il doit y avoir un signal, nous pouvons déjà commencer par celui là.

Je vous remercie

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